Depuis 15 ans, à « Malzéville au Mali », nous accompagnons des populations touarègues dans une zone particulièrement défavorisée. Confrontées à l’avancée du désert, ces populations nomades sont forcées à une semi sédentarisation.
A 30 Kms de Ménaka autour d’une grande mare permanente, des villages se sont constitués. Inkiringuya est l’un d’entre eux. Il est né en 1993. Au départ il faisait plus penser à un campement qu’à un village.
Mais au fil des années des maisons en banco se sont substituées aux tentes. Puis des concessions entourées de murs sont apparues. Aujourd’hui une cinquantaine de familles sont installées à Inkiriguya et le village continue de s’agrandir.
Avec ce développement sont nés des besoins inhérents à toute collectivité.
Pour Malzéville au Mali, cela s’est traduit à Inkiringuya par la construction d’une école de 4 classes où les autorités maliennes ont nommé les enseignants nécessaires.
Dans le même temps nous accompagnons depuis sa mise en place un comité de gestion scolaire et une cantine. Elle est alimentée par des dons du PAM (Programme Alimentaire Mondial) que nous complétons parfois. Cela permet à des femmes de cuisiner quotidiennement un repas de midi à base de riz ou de mil à tous les enfants de l’école. C’est un élément essentiel pour motiver les familles à envoyer leurs enfants régulièrement en classe.
Depuis 2 ans des élèves issus de l’école d’Inkiringuya souhaitent poursuivre des études au-delà du primaire. Un système de bourses nous permet d’accompagner financièrement 10 jeunes pour l’année scolaire 2009-2010 :
7 sont scolarisés en collège à Ménaka
1 est au lycée de Sikasso
2 sont en seconde année d’infirmiers à Gao

30Kms séparent Inkiringuya du dispensaire ou de l’hôpital le plus proche. Il n’y a pas de véhicule dans le village. En cas d’urgence, il faut compter sur une voiture de passage sur la piste voisine ou utiliser le téléphone portable, qui fonctionne très bien, pour en faire venir un. Cela coûte alors très cher.
Pour les soins au quotidien, un infirmier passe assez régulièrement et Malzéville au Mali participe chaque année au coût d’approvisionnement de la pharmacie villageoise.
La prévention du paludisme passe essentiellement par l’utilisation de moustiquaire. Outre la sensibilisation sur le sujet nous en avons doté chaque famille avec l’espoir qu’une fois hors d’usage, la famille la remplacera.
Installées au bord d’une grande mare, les familles d’Inkiringuya n’ont pas de problème d’approvisionnement en eau. En revanche cette étendue d’eau est très fréquentée par les troupeaux avec tous les risques de contamination que cela comporte pour l’eau de boisson. A Malzéville au Mali nous nous efforçons de traiter ce problème de différentes manières :
La création de puits collectifs. Depuis quelques temps s’y ajoutent des puits à l’intérieur même des concessions. Ils sont d’ailleurs bien mieux entretenus. Le village possède son propre matériel de cuvelage et plusieurs personnes ont désormais le savoir-faire nécessaire pour réaliser des puits d’une dizaine de mètres de profondeur.
Des essais d’introduction de filtres en faïence dont l’efficacité est totale à condition d’entretenir correctement les récipients utilisés.
Des projets comme celui d’exposer pendant quelques heures au soleil des bouteilles en plastique remplies d’eau permettant aussi aux U.V. d’agir.

Le handicap majeur pour accompagner le développement économique de ces populations touarègues est lié à leur tradition d’élevage que les spécialistes qualifient de « contemplatif ». Concrètement, après chaque sécheresse l’objectif de chaque famille est de reconstituer un troupeau avec essentiellement un souci de quantité. Domaine très complexe, nous nous contentons de nous informer sur ce sujet.
Il y a des initiatives individuelles qui nous ont semblé justifier une aide. Nous avons souvent eu recours aux micro crédits pour équiper en outil Oufed le forgeron, en matériel de couture Mama une villageoise, pour aider Tanhanta à ouvrir un petit magasin…Toutefois la micro finance est une affaire de spécialistes. C’est pourquoi nous envisageons de nous rapprocher d’une O.N.G. spécialisée à Ménaka.
Il y a aussi les projets qui ont bien démarré mais que nous ne sommes pas encore parvenu à pérenniser :
La culture de la spiruline dans la mare. Il s’agit d’une algue hyperprotéinée qui, réduite en poudre peut être administrée à des femmes anémiées ou à des enfants chétifs. 1,5 kg de cette poudre avait été achetée à Gao et distribuée avec succès dans le village. Mais lorsque les habitants ont constaté que la spiruline se développait sur l’eau comme « des petites choses vertes » ce fut un blocage total.
Le développement d’activités de jardinage. Dans ce domaine le village en est à son second essai. Nous nous y sommes essayés avec les villageois en bord de mare lors d’une mission dans les années 90. Et en 2007 l’OXFAM a tenté la même expérience avec des moyens et un suivi beaucoup plus importants mais sans beaucoup plus de succès. Des jardins n’ont subsisté que dans 2 concessions. Toutefois nous savons que le développement local ne s’inscrit que dans la durée et nous ne désespérons pas de voir la consommation de légumes se développer dans les familles ce qui génèrera alors des vocations de jardiniers.

C’est pour notre Association un objectif essentiel. Cela concerne tout particulièrement la cinquantaine de personnes qui se sont rendues sur place depuis 13 ans. Avec au retour, un devoir de témoignage informel ou organisé.
Notre souhait est que les malzévillois et nos amis s’approprient notre projet. Nous profitons aussi de la venue à Malzéville tous les 3 ou 4 ans d’Habila notre correspondant dans le village. C’est alors l’occasion pour celles et ceux qui n’iront jamais à Inkiringuya de découvrir au plus près le quotidien de ces populations, de mesurer leurs efforts pour trouver un équilibre entre pastoralisme et semi sédentarisation, entre tradition et modernité…

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